Exploitation ferroviaire à Harnes : le charbon en transit
“Le dépôt des locomotives, un cœur technique du réseau des mines de Courrières”
Située au cœur du bassin houiller du Pas-de-Calais, Harnes n’était pas simplement desservie par une gare de passage : elle représentait un pivot industriel ferroviaire et fluvial. Aux côtés des fosses minières, la gare d’Harnes connectait le réseau public aux voies privées, et le rivage assurait la jonction entre rail et péniche.


La cokerie de Harnes : du charbon au coke
Construite pour valoriser le charbon local, la cokerie de Harnes, associée à la fosse 21-22, devint l’un des moteurs économiques de la région.
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Production et modernisation :
En 1955, deux nouvelles batteries de fours (n°5 et 6) augmentent la capacité de production à plus de 1 100 tonnes de coke par jour.
Le coke, combustible essentiel aux hauts-fourneaux et à la chimie, était directement expédié en wagons adaptés. -
Logistique ferroviaire :
Les wagons de charbon arrivaient de la fosse et des puits voisins ; ils étaient déversés dans les fours.
Les wagons de coke prenaient ensuite la direction des aciéries (Denain, Valenciennes, Dunkerque) et des usines chimiques, notamment celles du groupe Kuhlmann. -
Fin d’exploitation :
Le dernier défournement de la cokerie est daté de 1972, suivi de sa fermeture en 1973, marquant la fin d’une époque où Harnes envoyait quotidiennement des trains chargés de coke.
📌 Zoom technique : Les wagons utilisés pour le coke étaient conçus pour supporter la chaleur résiduelle et permettre un déchargement rapide, indispensable pour alimenter en flux continu les sidérurgies régionales.

Four à Coke et Appareil de chargement (Wagon)

Four à coke avec en arrière plan une zone de chargement wagon.

Four à coke avec en arrière plan une zone de chargement wagon.

Chemin de fer de la nouvelle centrale
La centrale électrique de Harnes : un nouveau flux ferroviaire
Dans l’après-guerre, l’État et les Houillères modernisent l’appareil énergétique. Une centrale thermique moderne est installée à Harnes, alimentée par le charbon local.
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Approvisionnement constant : des convois ferroviaires assuraient l’alimentation quotidienne en charbon. Un seul train représentait plusieurs centaines de tonnes de combustible.
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Organisation logistique : la centrale était raccordée directement aux voies locales, évitant toute rupture de charge.
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Rôle stratégique : la centrale assura l’indépendance énergétique de la région dans les années 1950-1970, avant que les évolutions du mix énergétique ne la rendent obsolète.
📌 Zoom technique : Une centrale de ce type consommait chaque jour l’équivalent de 5 à 10 rames de charbon, soit des milliers de tonnes par semaine, ce qui faisait de la logistique ferroviaire un rouage vital.

La nouvelle centrale avec un wagon à charbon.


Arrière de la nouvelle centrale electrique.
Le rivage de Harnes : un hub eau–terre–fer
Le rivage de Harnes, aménagé sur la Deûle, illustre l’ingéniosité des compagnies minières pour optimiser les flux.
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Appareils de manutention : équipé de grues Chrétien et d’élévateurs fixes à vapeur, il permettait de transborder des caisses de 1 à 3 tonnes directement des wagons vers les péniches.
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Part des expéditions : dans les années 1870, près de 50 % du charbon extrait par Courrières transitait par voie d’eau, preuve de l’importance de la plateforme multimodale.
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Coordination rail/fluvial : les trains amenaient les wagons au rivage, où les caisses étaient basculées dans les cales des bateaux, à destination de Lille, de la Belgique ou des ports maritimes.
📌 Zoom technique : Ce système combinant rail et eau permettait de charger en quelques heures une péniche de 250 à 300 tonnes, soit l’équivalent de 100 wagonnets.


Terre, Eau, Fer ....



Zone de transition, Fer -> Eau

pont de chemin de fer, et canal
Un système intégré et en évolution
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À Harnes, le rail jouait le rôle d’épine dorsale logistique :
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Les fosses minières fournissaient le charbon,
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La cokerie transformait une partie en coke,
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La centrale convertissait le combustible en électricité,
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Le rivage permettait l’expédition massive par voie fluviale,
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Et la gare connectait l’ensemble au réseau ferroviaire national.
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Cette exploitation intégrée garantissait un flux continu, indispensable à la régularité des expéditions et à la stabilité économique du bassin minier.
⏳ Chronologie de l’exploitation ferroviaire à Harnes
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1860-1870 : premiers aménagements du rivage sur la Deûle.
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1879 : mise en service de la ligne d’Hénin-Liétard ↔ Bauvin-Provin (création de la gare d’Harnes).
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1927 : implantation de l’usine chimique Kuhlmann (embranchement ferroviaire).
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1955 : modernisation de la cokerie (nouvelles batteries).
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1972 : dernier défournement de la cokerie.
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1973 : fermeture de la cokerie.
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1977 : arrêt définitif de la fosse 21-22.
le trafic ferroviaire à Harnes
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Charbon expédié par eau (rivage sur la Deûle) : entre 1869 et 1877, de 39 à 50 % de l’extraction des mines de Courrières était chargée sur péniches. Le reste partait par rail ou par voitures hippomobiles.
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Capacité des appareils au rivage : grues Chrétien et élévateurs à vapeur pouvaient transborder des caisses de 1 à 3 tonnes de houille directement dans les cales.
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Cokerie (après modernisation en 1955) : production quotidienne de plus de 1 100 tonnes de coke ; soit l’équivalent de 5 à 6 trains de 20 wagons par jour.
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Centrale thermique de Harnes : consommation estimée de 5 à 10 rames de charbon par jour, soit plusieurs centaines de tonnes quotidiennes pour alimenter les chaudières.
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Wagons utilisés :Wagonnets miniers (berlines de 1 à 3 m³) pour les fosses → gare.Wagons à coke et wagons trémies pour l’expédition vers aciéries et usines chimiques.
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Flux cumulés : dans les années 1950-60, la gare de Harnes voyait circuler chaque jour une dizaine de rames lourdes, entre coke, charbon et produits chimiques.
Carte postale envoyé à Mme Veuve Lallart, par sa petite fille. Date (estimation) : 1908
Sources :
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Compagnie des mines de Courrières – Wikipédia
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Fosse 21-22 des mines de Courrières – Wikipédia
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Établissements Kuhlmann – Wikipédia
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CHM Lewarde – Brochure La concession de Courrières (1900)
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APPHIM – Dossiers sur les cokeries et le patrimoine minier
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Archives nationales du monde du travail (fonds Compagnie du Nord)


